

Pays de Loire 5: Angers 1 .Premiers jours hors du département.
Après Nantes, Saint-Nazaire, les toutes premières visites en dehors du département de la Loire-Atlantique, s’effectuent vers le Maine-et-Loire et le département 49. En janvier 1969 la nouvelle Simca 1100 est commandée, mais je roule avec la quatre chevaux Renault familiale qui a plus de 25 ans.
Après être passé à Cholet au sud-est de Nantes, à une soixantaine de kilomètres, je tombe en panne sur la route départementale 960 qui doit me conduire à Saumur. Sur le tableau de bord le témoin rouge d’huile est allumé. Je soulève le capot et constate que le niveau est au plus bas. Ce n’est pas 1 litre qu’il me faut rajouter, mais bien tout le bidon de 2 litres. Le moteur a du tout bruler en 100 kms. Je reprends la route vers Saumur. Je suis content quand même de visiter mes deux premiers clients, un libraire, et un photographe, hors du département ou j’habite.
Je roule lentement en suivant la Loire en direction d’Angers, par une route basse qui suis le fleuve. C’est une « Divate ». Une route sur la digue que l’on a construit autrefois pour se protéger des inondations du fleuve le plus sauvage de France : La Loire.
Le soir pour je vais devoir trouver là, avant d’arriver à Angers, un hôtel pour passer la nuit. Je m’arrête au bord de cette route. Je trouve une chambre à prix très raisonnable, pour ma première nuit à l’hôtel. Je n’ai pas encore mes frais remboursés par la maison d’édition. Je suis à l’essai. Pour moi tout est neuf dans ce nouveau job. Je suis très content de l’accueil que me réserve ce petit hôtel.
Le lendemain matin j’arrive à Angers. J’ai deux ou trois adresses en poche. Je dois prospecter dans cette ville importante. J’ai les yeux rivés, dans les rues de cette ville, sur les enseignes jaunes et rouges Kodak, qui m’indiquent les magasins des photographes. Je suis bien reçu chez le premier, boulevard Foch et dans les grandes rues du centre. Certains de mes futurs clients s’étonnent que la maison Paul Montel ait recruté un représentant exclusif. Certains s’inquiètent de mon sort. La réflexion est à peu près toujours la même :
« Vous devez sans doute parcourir un très grand secteur, avec ce stock d’ouvrages, assez peu fourni. »
Je réponds alors d’un air évasif que les limites de mon secteur ne sont pas fixées du tout et que je vais sans doute parcourir au moins les trois quarts de l’hexagone.

Je suis rassuré sur mes futurs déplacements. Car je suis convaincu que le temps de la quatre chevaux Renault doit se terminer dans quelques semaines.
Dans une de ses jolies maisons anciennes du vieux quartier d’Angers près du château et de la cathédrale je rencontre quelqu’un que je connais de longue date.
C’est dans une grande librairie de cette ville que je fais une rencontre imprévue. Celle d’un représentant des éditions Nathan que je recevais comme vendeur à la librairie Beaufreton à Nantes, dans mon dernier emploi. Il est très surpris et se réjouit d’apprendre mon nouvel emploi. Il s’étonne du peu de livres à vendre, et me souhaite bonne chance. Il me demande un service pour le soir.
« Vous devez être en voiture sans doute. Pouvez-vous m’emmener ce soir à Nantes. Nous en profiterons pour discuter plus longuement. Je ne peux refuser ce service est je suis content aussi de profiter de ces conseils pourront mon nouveau métier.
Durant cette première journée il me rend un grand service, Il m’introduit chez les libraires de la ville.

Le soir venu, il m’accompagne dans la vieille quatre chevaux Renault pour revenir sur Nantes.
Il sourit en regardant l’aiguille du compteur de vitesse rivé à 60 ou 70 kms. Et surtout quand je lui annonce de la consommation minimale d’huile 2 litres aux 100 kms.
Il est surpris également quand je lui parle avec éloge du petit hôtel pas cher, ou j’ai dormi la nuit précédente. Bref il me lance :
« Je voudrais bien vous revoir jeune homme dans quelques années vous allez voir ça va changer. »
En attendant cette prédiction je reste dubitatif. Je me demande un peu ce qu’il veut dire :
« Où je m’y prends mal et je n’arriverai à rien avec ses méthodes peu appropriées à ce travail de représentation. Ou au contraire ce n’est qu’une question de temps et d’adaptation et tout devrait s’améliorer considérablement. »

Je me demande encore aujourd’hui pourquoi il m’a demandé de le ramener à Nantes. Je n’ai jamais revu cet ancien collègue qui était alors près de prendre sa retraite.

Ces deux premiers jours de travail en du département me laisse quand même très optimiste. Les résultats des ventes dépassent mes espérances. Je m’estime plus heureux que mon que mon voisin de Nantes. Ce représentant à la retraite qui m’a un jour brossé le tableau peu réjouissant de ses propres débuts dans la profession :
« Je ne vous dis pas ce que j’ai dû endurer et faire pour réussir dans ce travail de VRP. J’en aurais parfois pleuré, quand j’arpentais les rues des grandes villes avec ma petite valise. Personne ne voulait me voir. Des années plus tard on me suppliait partout de passer. Mais il en faut quand même du courage et de la constance pour réussir.»